Extrait du Tueur au Tarot

Extrait du chapitre "Un nom pour le tueur"

A noter : pour des raisons de facilité de lecture, j’ai ajouté des marqueurs indiquant un changement de page. 

Tueur au tarot

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Il était dix-sept heures passées quand les détectives posèrent leur postérieur sur le canapé rigide de l’appartement de Lionel.

Gabriel et Ambre poussèrent un soupir de soulagement : l’un était ravi de lâcher enfin ses béquilles, car sa jambe commençait à le lancer ; l’autre était épuisée après les quatre étages qu’ils venaient de grimper. Lionel tira une chaise pour se poser à son tour, tout aussi ravi que Gabriel de pouvoir se débarrasser de ses jambes d’acier. Gabriel et Ambre poussèrent un soupir de soulagement : l’un était ravi de lâcher enfin ses béquilles, car sa jambe commençait à le lancer ; l’autre était épuisée après les quatre étages qu’ils venaient de grimper. Lionel tira une chaise pour se poser à son tour, tout aussi ravi que Gabriel de pouvoir se débarrasser de ses jambes d’acier.

Cyril, le seul encore debout, posait un regard pétillant sur tous les meubles et objets qui l’entouraient, à la fois curieux de tenter la psychométrie et inquiet de ce qu’il pourrait y voir.

– Évite de trop l’utiliser, rappela Gabriel. Tu vas t’épuiser.

– Je vais bien, rassura Cyril. .

– Ton taux vibratoire est bas, insista le spécialiste. Nous allons avoir une enquête assez longue à mener, alors ménage-toi un peu. Bon, Lionel, où est-ce que tu planques tes bières ?

– Si vous trouvez mon frigo, vous pouvez vous servir ! défia Lionel, avec un petit rire. Et j’en veux bien une aussi !

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Ambre jeta un coup d’œil à la cuisine, réalisant seulement qu’elle n’avait pas vu de réfrigérateur. Cyril ouvrit les portes de placard et il trouva le frigo encastré derrière l’une d’elles.

Il prit trois bières et les ouvrit avec une de ses clés, par flemme de chercher un décapsuleur. Il tendit une bière à Gabriel, une autre à Lionel, et il posa la dernière sur la table.

– Tu veux quelque chose, Ambre ? demanda Lionel, comprenant par le comportement de Cyril que la jeune femme n’aimait pas la bière. Je crois qu’il a du jus de fruits.

– Pourquoi pas, merci.

Cyril lui servit un verre de jus d’orange et il s’assit sur une chaise face au canapé, savourant la première gorgée de sa bière. Gabriel et Lionel firent de même et les trois hommes poussèrent un soupir ravi. Ambre ne comprenait vraiment pas ce qu’ils pouvaient trouver à cette boisson amère.

– Résumons, décréta Gabriel, une fois sa jambe étendue et sa soif apaisée.

Il refit le point avec ses trois acolytes concernant leurs trouvailles : la lettre du Cercle Noir parlant du juge et de Sonia, la position du corps, le pentacle au sol et l’absence d’éléments personnels dans les deux chambres.

– L’un de vous a compté les coups de poignard ? s’enquit Gabriel, en ressortant la photo du corps.

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– En comptant le coupe-papier resté dans le cœur, il y a quinze entailles, nota Lionel.

– Ça a une signification ? s’étonna Cyril. Quinze… Ça n’a rien d’un chiffre magique habituel.

– Il a méticuleusement mis le corps en place, rappela Gabriel. Jusque dans la couleur des vêtements choisis pour le couvrir. Je ne crois pas que le nombre de coups portés soit un hasard.

– Ou alors les coups forment un symbole ? suggéra Ambre.

– Un symbole ? répéta Lionel.

Ambre se souvenait d’avoir vu ça dans une série : le tueur formait des constellations sur les torses des victimes.

– On peut regarder, approuva Gabriel.

Cyril leur récupéra des feuilles et un crayon, et Ambre reproduisit les marques sur une des feuilles. Gabriel s’en saisit et il plissa les yeux, essayant de trouver une signification aux emplacements des entailles. Avec un crayon à papier, il tenta de reproduire plusieurs symboles qui pouvaient correspondre. Il effaça et recommença de nombreuses fois, mais rien ne semblait correspondre.

Lionel, Ambre et Cyril l’observaient en silence, intrigués et un peu impatients de voir si Gabriel allait trouver quelque chose. Après une bonne demi-heure, le détective reposa la feuille avec un soupir.

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– Je ne vois rien de spécial dans la forme des entailles. Ni sigil connu, ni constellations, ni symboles.

– Un sigil ? questionna Lionel. Qu’est-ce que c’est ?

Gabriel expliqua rapidement qu’un sigil était un symbole tracé, dans la majorité des cas, par des lettres imbriquées les unes dans les autres. Le sorcier écrivait un texte contenant l’effet souhaité pour son sigil, puis il triait ce texte pour ne garder que les lettres uniques. Enfin, il formait un symbole en imbriquant toutes ces lettres, jouant sur les tailles, les angles, les arrondis, les mélangeant entre elles, de sorte qu’un sigil ne pouvait être décrypté que par son concepteur. Les sigils les plus connus étaient devenus des cercles de conjuration pour appeler des anges ou des démons, comme ça avait été le cas lors de leur enquête à Brocéliande.

Quand l’heure du rendez-vous avec Ethan approcha, Lionel et les trois détectives quittèrent l’appartement sans avoir pu trouver le moindre sens aux coups portés à la victime.

Ce fut donc avec un air maussade qu’ils rejoignirent un Ethan tout aussi bougon devant un bar à tacos.

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Le bar à tacos était bondé. De forme rectangulaire, la salle accueillait ses visiteurs avec un petit comptoir. Derrière ce dernier s’étendait l’unique salle du restaurant et, plus loin, une porte conduisait aux toilettes alors qu’un escalier descendant menait aux cuisines.

Quelques tables carrées de faux bois clair, isolées par des auvents de paille, accueillaient un maximum de quatre personnes sur des banquettes rouge sombre. Ces espaces longeaient les murs sans fenêtres du petit restaurant. Au milieu de la salle, des tables de bar et des chaises hautes permettaient d’asseoir des groupes plus conséquents. Le restaurant comptait quelques décorations sur la thématique du Mexique : sombreros accrochés aux murs, stickers de cactus, banjo… Très classique, mais convivial. La salle était remplie, tant par les gens que par les bruits, les odeurs et les couleurs. C’était un festival des sens que certains appréciaient mieux que d’autres.

Les cinq enquêteurs s’étaient glissés tant bien que mal autour d’une table de dix, entre un couple qui minaudait en bout de table et une famille de quatre personnes.

Gabriel, assis à côté d’un gamin de huit ans, jetait régulièrement des coups d’œil agacés au garçon, tandis que ce dernier chahutait sans se soucier de donner des coups de coude à son voisin. Il essayait de trouver une position confortable pour sa jambe plâtrée, mais sans grand succès.

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Cyril, à côté de lui, sentait sa frustration monter d’un cran avec le couple qui s’embrassait sans se cacher. C’était difficile pour un célibataire fraîchement séparé.

Face à lui, Ethan se souciait à peine de leurs voisins, habitué qu’il était à manger dans ce restaurant.

Assise entre Ethan et Lionel, face à Gabriel, Ambre se sentait mal à l’aise. Non seulement elle était gênée d’être face à Gabriel mais, en plus, elle se sentait compressée, comme une saucisse dans un pain à hot-dog. La chaise haute lui donnait quelques difficultés à placer ses pieds : comme ses cuisses étaient plutôt épaisses, elle ne pouvait pas faire comme ses amis et les caler confortablement sur la barre placée sous sa propre chaise. Elle devait donc chercher une position plus confortable, jouant comme elle pouvait entre jambe tendue, jambe pliée et fesse à moitié posée sur la chaise. Le tout en essayant de ne pas bousculer ses deux voisins. Un réel plaisir…

Quand le repas fut servi, Ethan leur raconta qu’il n’avait rien obtenu de Sonia, qu’elle semblait absolument innocente et, qu’à ses yeux, elle ne simulait pas.

– La victime n’a pas dû pouvoir l’approcher, soupira Ethan, en croquant dans un tacos. Ah ! Je vous ai apporté les photos que vous m’avez demandées, poursuivit-il, la bouche pleine.

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Ambre s’avança un peu sur la table pour observer les photos que Cyril et Gabriel parcouraient. Elle les voyait à l’envers, ce qui n’était pas très pratique pour elle.

– Je te les montre après, rassura Ethan, avec un sourire agréable.

– Merci, répondit Ambre, surprise par le sourire de son voisin.

– C’est quand même dommage que tu sois… perchée, soupira le jeune homme.

Ambre fronça les sourcils.

– Perchée ? répéta la jeune femme, vexée.

– Ouais, confirma Ethan, en enfournant une nouvelle bouchée de son plat, dans le but évident d’éviter la suite de la conversation.

Malheureusement pour lui, Cyril avait parfaitement compris son allusion. Et Gabriel aussi. Ce dernier dévisagea Ethan comme s’il s’apprêtait à lui casser toutes ses dents, mais l’inspecteur l’ignora avec une certaine arrogance, très conscient d’avoir un net avantage physique sur son possible agresseur.

Après quelques secondes d’un silence pesant, sous le regard calculateur d’un Lionel qui commençait à comprendre plusieurs choses, Cyril et Gabriel se remirent à observer les photos. Les corps des deux premières victimes correspondaient bien à des positions de carte du tarot… Ça ne faisait plus aucun doute, pour eux.

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Tandis qu’ils observaient les cadavres, Ambre parcourait les photos des lieux de vie. Ethan se penchait légèrement sur elle pour observer également, au cas où un détail lui aurait échappé. Sa proximité troublait la jeune femme, qui n’avait pas l’habitude d’être aussi collée par un inconnu.

C’était très incommodant.

– Là ! s’écria-t-elle en posant son doigt sur une photo. Il y a un bol tibétain dans le salon ! Et un tarot sur une étagère !

Elle parcourut une ou deux photos de plus.

– Dans la chambre, il y a divers outils et même un petit autel, comprit-elle. Il est un peu poussiéreux, donc je ne sais pas si elle pratiquait activement.

– OK, comme on le soupçonnait, la deuxième victime était une personne qui pratiquait les arts ésotériques, conclut Lionel. À plus ou moins haute dose. Il faudrait demander à son entourage si elle avait des pratiques magiques et, si oui, de quel genre.

Pour une fois, Ethan hocha la tête sans protester. Qu’il croie ou non à la pratique magique, il y avait deux victimes qui possédaient un lot d’objets ésotériques chez elles. C’était peut-être le facteur commun.

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– Et chez le vieil homme ? insista Gabriel, en prenant les photos des mains d’Ambre. La vache, sacrée collection de livres ! Il a même le petit Albert ! Je pense que le livre à côté doit être sacrément vieux.

Gabriel posa un regard enthousiaste sur Lionel.

– Il serait possible de contacter la famille pour leur acheter des livres ?

Lionel haussa les épaules et il hocha la tête, alors qu’Ethan jetait à Gabriel un regard agacé.

– C’est faisable, mais tu vas devoir te montrer subtil, répondit Lionel. Ils sont en deuil, je te rappelle.

– Et sur les pratiques éso, on a un trois sur trois, réalisa Cyril. Le tueur au tarot tue des sorciers !

Gabriel donna un gros coup de pied à Cyril sous la table, mais il était trop tard.

– Quoi ? lança Ethan, perplexe. Le tueur au quoi ?

Les trois détectives hésitèrent, et Ethan s’empourpra de colère.

– J’ai joué le jeu en amenant tout ça, alors essayez en moins de ne pas me cacher d’informations ! Sinon, je trouverai un moyen de vous faire tomber pour entrave au bon déroulement d’une enquête !

– On se calme, tempéra Lionel, avec sérénité. Gabriel, explique-lui.