Extrait d’un Amour de Chien

Extrait du chapitre "Une cohabitation difficile"

A noter : pour des raisons de facilité de lecture, j’ai ajouté des marqueurs indiquant un changement de page. 

Un Amour de Chien

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Quelques minutes plus tard, Mélodie avait trouvé une vieille corde pour faire une laisse de fortune à Lucas. Ce dernier, essayant de jouer les bons chiens, se laissait faire docilement. La jeune fille entraîna son compagnon à quatre pattes dans la rue et Lucas prit conscience de toutes les odeurs qui pouvaient assaillir les narines des chiens. Tout était si fort…

Il pouvait sentir que les voisins avaient préparé une viande bien juteuse, il en avait l’eau aux babines lorsqu’il passa devant leur grillage. Il sentit également la présence de l’autre chien bien avant que ce dernier ne se mette à lui aboyer dessus, ce qui lui évita de sursauter. Lui-même avait une puissante mâchoire, il ne comptait pas se laisser faire si un chien l’attaquait !

– Du calme ! conseilla Mélodie, voyant que son chien tirait sur sa laisse improvisée pour aller en découdre avec le chien des voisins.

Lucas se renfrogna, mais il obéit. Il était curieux de savoir où Mélodie l’emmenait. Au parc, peut-être ?

Soudain, il réalisa qu’il lui faudrait sans doute uriner devant elle… Ce n’était pas du tout une bonne idée ! Mieux valait se retenir jusqu’au soir ! S’il y parvenait… Car, évidemment, alors qu’il y pensait, l’envie le prenait. Il serra les dents et essaya de penser à autre chose.

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Mélodie entraîna son compagnon à un arrêt de bus, et ils attendirent quelques minutes avant de pouvoir grimper dans l’un d’eux. Lucas apprenait la vie d’un chien : les odeurs, les bruits, le manque de couleurs… Le bus, heureusement, était peu rempli à cette heure de la journée. Il ne savait pas comment il aurait vécu l’expérience d’être collé à des dizaines de postérieurs.

Mélodie et Lucas vivaient tous les deux dans une grande ville, au pied d’une chaîne de montagnes. Un centre-ville regroupait le nécessaire de commerces et de restaurants, ainsi que son lot de services publics : écoles, collèges, lycées, université, hôpitaux et cliniques, prison, centre commercial, cinémas, théâtres…

Très rares étaient les habitations près du centre-ville. La plupart des résidents s’étaient établis dans les quartiers résidentiels en périphérie, comme Mélodie et Judith ; ou dans des immeubles de plusieurs étages, comme Élouan et Geoffrey. Une autre section de la périphérie était constituée de dépôts et d’usines, certaines en activité et d’autres non, ainsi que de bureaux d’entreprises.

La mère de Mélodie travaillait dans un de ces immenses bâtiments de verre et d’acier, à trente minutes de chez elle.

Enfin, l’accès aux montagnes offrait de nombreux chemins de randonnée très appréciés des touristes comme des locaux. Malheureusement, aucune piste de ski ne permettait d’attirer les touristes des sports d’hiver, ce qui ne simplifiait pas l’économie locale.

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La ville ne proposait certes pas le métro, mais le réseau de bus était très efficace, rendant les déplacements étudiants aisés. À défaut de miser sur les touristes, la ville comptait sur son université pour ramener les étudiants.

Et ça fonctionnait très bien !

***

Mélodie les fit descendre cinq arrêts plus tard et ils n’eurent que quelques mètres à faire pour rejoindre une animalerie, coincée entre un magasin de vêtements et une chocolaterie. Si Lucas s’était senti dérangé par les odeurs extérieures, il constata rapidement que c’était pire encore à l’intérieur.

La jeune fille partit à la recherche d’un vendeur et elle se laissa conseiller pour l’achat d’un collier et d’un panier.

Lucas l’observait, blasé : ce qu’elle pouvait être naïve ! Demander à un vendeur ? Il allait forcément lui proposer tout ce qu’il y avait de plus cher !

– C’est un gros chien, jeune et vigoureux, constata le vendeur. D’ailleurs, lui faire perdre un peu de poids ne serait peut-être pas du luxe…

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Lucas dévisagea le vendeur et il montra les crocs. Non mais, pour qui se prenait-il, celui-là ? Il avait toujours eu une silhouette parfaite !

– Ça suffit, Prince ! ordonna Mélodie, en tirant un coup sur la laisse improvisée.

– Agressif, ce chien…

– Vous venez de l’insulter, protesta la jeune fille. Moi non plus, ça ne m’aurait pas plu !

– Allons, mademoiselle, c’est un chien. Il ne peut pas comprendre et il ne peut pas être susceptible.

– Moi, je crois qu’il comprend tout ce que je lui dis, assura Mélodie.

Le vendeur adressa à la jeune fille un sourire condescendant et il changea de sujet, lui suggérant effectivement des produits plutôt coûteux. Mélodie, cependant, ne se laissa pas faire. Elle avait un budget à respecter : ce que Sandra lui avait laissé avant de partir suffisait à peine à payer le collier, la laisse et un paquet de croquettes.

– Désolée, Prince. Tu devras te contenter d’une casserole pour gamelle. Et on te trouvera une couverture pour te servir de panier. J’espère que tu n’as pas un trop gros appétit, quand même…

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– Un chien de cet âge ? Le paquet de croquettes vous fera la semaine, tout au plus !

Lucas leva les yeux au ciel : certainement pas ! Il ne mangerait pas ces horreurs ! Mélodie paya les achats et ils quittèrent le magasin.

Lucas se sentait un peu mieux à l’extérieur. Son nouveau collier, bleu avec un pendentif rouge brillant, lui serrait un peu trop le cou à son goût. La laisse, quant à elle, lui rappelait sans cesse qu’il n’était pas libre de ses mouvements.

Mélodie reprit la route de la maison et elle s’installa dans sa chambre, écoutant de la musique en lisant un livre.

Lucas l’observa quelques instants, agacé. Ce qu’elle pouvait être insipide, cette fille ! N’avait-elle rien de mieux à faire que de lire par une belle journée comme ça ? Retrouver des copines, par exemple ? D’accord, ils étaient en plein milieu de la semaine, et ses amies étaient sans doute à l’école. Mais tout de même !

Pour Lucas, l’après-midi se passa dans un ennui mortel. Il ne savait pas quoi faire pour s’occuper et il ne pouvait même pas allumer la télévision pour se divertir. Il n’y avait strictement rien à faire…

Lorsque la nuit approcha, Lucas réalisa qu’il serait du plus mauvais effet de se transformer devant Mélodie, surtout sans vêtements. Il commença à chercher de quoi s’habiller, fouillant les placards comme il pouvait avec ses pattes et son museau. Ses pouces lui manquaient beaucoup !

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Faute de parvenir à trouver son bonheur à portée de patte, il parvint à subtiliser une serviette de toilette. Ce serait mieux que rien ! Il jubilait d’avance de la réaction de Mélodie : elle serait probablement terrorisée ! Ce serait très amusant… Mais comment réagirait sa famille ? Il risquait d’être mis à la porte rapidement, ce qui mettrait son plan en échec.

Il essayerait de négocier avec Mélodie, mais ce serait sans doute difficile. Il ne partait pas avec un avantage, cette fois-ci ! Peut-être devait-il rester sous sa forme animale ? Non, il en avait assez d’être à quatre pattes et de tout voir en noir et blanc ! Et puis, il ne séduirait jamais Mélodie sous sa forme canine.

La jeune fille était partie préparer à dîner lorsque Lucas retrouva son apparence humaine. Vêtu du seul collier que Mélodie lui avait acheté, Lucas entreprit de chercher des vêtements d’homme. Le père de sa colocataire improvisée devait bien avoir quelque chose de mettable ! Pourtant, il ne trouva aucun habit d’homme dans la chambre de la mère.

Sans doute un divorce, comme toujours.

Lucas poussa un soupir et il s’apprêtait à quitter la chambre de la mère de Mélodie. En se retournant, il tomba nez-à-nez avec une poêle.

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Un gros « bang » retentit et il s’écroula, sonné.

***

Mélodie observait Lucas, son tortionnaire, en serviette dans la chambre de sa mère. Elle avait entendu du bruit et elle avait attrapé une poêle pour chasser le possible intrus. Mais elle ne s’était pas attendue à lui ! Pas du tout ! Que faisait-il ici ? Et dans cette tenue ? Elle n’avait pas frappé assez fort pour l’assommer et Lucas, à moitié affalé sur le lit, se frottait la tête en lui jetant un regard noir. Mélodie préféra garder sa poêle levée bien haut.

– Tu espères vraiment te défendre avec ça ? se moqua Lucas, agacé par la bosse qu’il aurait le lendemain.

– C’est de la céramique ! rétorqua la jeune fille. Je peux te fracasser le crâne, avec !

– D’accord, j’imagine que je l’ai bien mérité. Trouve-moi des vêtements, que je ressemble à quelque chose !

– J’ai dû te frapper trop fort, tu as perdu la tête ! répliqua sèchement Mélodie. Qu’est-ce que tu fais ici, en serviette ? Tu es venu faire un nouveau film sur moi ?

Lucas hésita un instant : il était vrai que la situation pouvait être mal interprétée.

– OK. Si je te raconte tout, tu reposes cette poêle ?

– Seulement si je te crois ! avertit Mélodie, en brandissant son arme de plus belle.

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– D’accord. Alors, est-ce que tu sais que ton grand-père est un putain de sorcier ?

Lucas vit avec soulagement un éclair de doute passer dans les yeux de Mélodie, qui baissa légèrement sa poêle.

– Est-ce que je peux avoir des vêtements ? Ton père en a peut-être laissé ?

– Je vais voir ce que je peux te trouver, mais tu ne bouges pas d’ici !

– Tu es bien autoritaire, Méli-Mélo !

– Je pourrais peut-être t’assommer dès maintenant ? menaça Mélodie. Ça m’éviterait d’avoir à surveiller mes arrières pendant que j’essaye de t’aider alors que tu ne le mérites pas !

Lucas poussa un soupir : oui, il partait de très loin pour la séduire ! Mais il faisait confiance à son charme ravageur. Il hocha la tête et Mélodie partit en fermant la porte, sans doute pour pouvoir l’entendre si Lucas l’ouvrait. Ce dernier ne bougea pas : elle allait lui apporter ce dont il avait besoin, alors pas la peine de se casser la tête ! C’était quand même bien d’avoir des serviteurs…

Quelques minutes plus tard, Mélodie ouvrit la porte, la poêle toujours à la main. Elle jeta un coup d’œil méfiant à Lucas avant de lui lancer un pantalon de toile noir, un boxer et un pull bleu élimé, appartenant sans doute au vétérinaire qui sortait avec Sandra. Mélodie referma la porte.

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– Change-toi et préviens-moi quand c’est bon.

– Quoi ? Tu ne veux pas mater ? s’amusa Lucas.

– Non merci, tu n’es pas mon genre.

Lucas sentit son orgueil se fissurer. Pas son genre ? Mais il était le genre de toutes les filles, pourtant ! Elles craquaient toutes pour sa musculature et pour son visage d’ange ! Peut-être aussi pour son portefeuille…

Alors qu’il s’habillait tant bien que mal, Lucas ne put s’empêcher de grommeler : la tâche ne serait vraiment pas évidente. Peut-être devait-il tenter dans une autre famille, finalement.

Quand il fut prêt, il s’observa un instant dans le miroir de la penderie : il avait l’air ridicule ! Le vétérinaire était plus petit que lui, donc les vêtements étaient aussi un peu petits pour Lucas. Heureusement, le tour de taille du pantalon et du boxer était bon. Mais le pantalon lui arrivait en haut des chevilles et le pull lui serrait les épaules, arrêtant les manches à la moitié de l’avant-bras. Encore une difficulté de plus pour charmer. Peut-être parviendrait-il au moins à la faire rire !

Lucas ouvrit la porte de la chambre et il arrêta de justesse la poêle qui s’apprêtait à s’abattre sur lui. Tenant fermement le poignet de Mélodie, il lui fit lâcher son arme, qui s’écrasa avec fracas sur le plancher.

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Mélodie, livide, résista de son mieux alors que Lucas la plaquait contre le mur du dégagement, l’air suffisant et victorieux. La jeune fille sentit une terreur sourde l’envahir : même chez elle, elle ne pouvait plus avoir la paix !

Lucas, amusé de voir la peur dans les yeux de sa souffre-douleur préférée, attendit quelques instants avant de la lâcher.

– Bien… J’ai faim !

– Vas-tu me dire ce que tu fiches chez moi ? cria Mélodie, le cœur encore battant de terreur.

– Oui, mais devant un repas. Ta famille rentre bientôt ? Tu n’as qu’à dire que tu m’as invité à manger avec vous.

– SORS D’ICI ! hurla Mélodie. VA-T’EN ! VA HARCELER QUELQU’UN D’AUTRE !

– Eh bien, quel accueil ! Tu étais beaucoup plus douce, cet après-midi.

Lucas esquissa un sourire en tripotant son collier, attendant que Mélodie comprenne l’allusion. Cette dernière ne sembla pas faire le lien.

– Quoi ? Tu es caché ici depuis cet après-midi ?

Lucas soupira et il descendit les escaliers.

– Idiote, va ! Bon, un repas…

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Mélodie ramassa la poêle et elle suivit Lucas, bien décidée à l’assommer pour de bon. Le jeune homme, qui avait deviné ses intentions, la surveillait du coin de l’œil en fouillant dans le frigo.

– Pour la dernière fois, qu’est-ce que tu faisais dans la chambre de ma mère en serviette ? insista Mélodie, un peu calmée.

– J’habite ici, maintenant. Il va falloir t’y faire, chère colocataire !

Lucas trouva un restant de rôti froid et il se fit un plaisir de le dévorer à pleines dents : il mourait de faim ! Il ne put contenir un petit soupir de satisfaction en sentant la viande descendre dans son estomac.

– N’importe quoi ! protesta Mélodie. Mais qu’est-ce que tu racontes, à la fin ?

– Ton grand-père m’a transformé en chien. Chien le jour, humain la nuit. Ça percute, maintenant ?

Mélodie, livide, posa la poêle. Prince ! Le golden retriever était Lucas ! Son grand-père… Mais qu’avait-il fait ? Pourquoi lui envoyer son pire ennemi ?

Comme s’il avait lu dans ses pensées, Lucas, qui découpait du fromage, se tourna vers elle.

– Il m’a maudit à cause de notre dernier… jeu. Il était furieux. Comme nous t’avons fait passer pour un chien, il a décidé de m’en donner l’apparence. Et il faut que je trouve le moyen de briser cette malédiction selon ses conditions. Pour le reste, je n’avais pas prévu de me faire renverser par ta sœur. Ma présence ici est un pur hasard.

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L’adolescente accusa le coup. Elle comprenait mieux pourquoi son grand-père lui avait posé des questions aussi étranges. Il avait vraiment de puissantes capacités !

Mélodie l’avait toujours cru un peu fou quand il parlait de magie et de sortilèges. Pourtant, il avait ensorcelé quelqu’un. Tout ça semblait si irréel !

Mélodie se força à se souvenir de tout ce que Lucas avait pu voir et elle sentit ses joues rosir d’embarras. Elle lui avait caressé la tête un bon moment… Au moins, elle ne s’était pas changée devant lui !

– Je vais appeler Judith pour que tu ailles chez elle, décida Mélodie. Je ne te veux pas chez moi.

– Pas la peine, maugréa Lucas.

Le souvenir de sa conversation avec Élouan et Judith lui revint en tête. Il ne pouvait vraiment compter sur personne, c’était navrant. L’adolescent lança un morceau de fromage à Mélodie, qui l’attrapa au vol. Elle hésita un peu avant de le manger.

– Pourquoi ? demanda-t-elle.

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  • Dernière modification de la publication :janvier 2, 2026